Sortie ASEB du 10 juillet 2021

Histoire de ne pas pédaler idiot la sortie du 10 juillet avait pris comme thème les vieilles pierres de l’Isle Crémieu.

La perspective d’un parcours de 70 km, concocté par Robert, avait attiré dans la ville médiévale Loïc, Daniel et Vincent. Point de présidente à l’horizon.

 À Quirieu : Les halles médiévales de Crémieu

Le jeu consistait à découvrir tout au long d’un parcours bucolique et agréablement vallonné non seulement la géologie du coin, mais aussi l’exploitation de la pierre et son utilisation dans la construction, particulièrement celle de maisons fortes.

Petit rappel de géologie.

À l’ère secondaire – appelée aussi Mésozoïque – il y a 170 millions d’années (Jurassique moyen appelé Bajocien), une mer chaude recouvrait toute la région (ensemble du massif du Jura actuel). Pendant 40 millions d’années, la roche calcaire s’est formée progressivement, par l’accumulation de débris d’animaux morts et de sédiments au fond de la mer (de nombreux fossiles en témoignent).

Puis, de très fortes poussées dues à la formation des Alpes commencée il y a 35 millions d’années à l’ère Tertiaire ont fait se soulever et se failler d’énormes blocs calcaires donnant naissance au plateau de l’Isle Crémieu alors que le reste du massif du Jura se plissait sous les énormes poussées du soulèvement alpin.

À la fin de l’ère Cénozoïque, au quaternaire (il y a 15 000 ans) le relief fût raboté par de grands glaciers venus des Alpes. Sur leur passage, ils ont creusé et élargi les vallées, préparant notamment le futur lit du Rhône. Le plateau de l’Isle Crémieu doit ainsi son aspect légèrement vallonné à l’érosion et au passage des glaciers qui ont modelé son relief.

Contrairement au massif du Jura on ne trouve pas dans l’Isle Crémieu de formes karstiques tels des grottes, des résurgences, des lapiaz, des avens, des dolines…La seule exception se trouve aux grottes de la Balme au Nord-Ouest du massif.

Nous avons pu admirer du côté de Hyères sur Amby et du val d’Amby de magnifiques falaises calcaires et de beaux affleurements, toute une série de sources issues du contact du calcaire et de la marne au pied de la falaise de Verna alimentant les nombreuses fontaines de ce charmant village, des étangs traçant la période du « rabotage » glaciaire et la vue exceptionnelle sur la vallée du Rhône et le massif de Portes depuis de belvédère de Quirieu ancien village et place forte moyenâgeuse.

Les falaises de Larina et un affleurement calcaire

L’exploitation de la pierre.

La diversité importante des roches de l’Isle Crémieu et la qualité de certains calcaires en font un gisement exceptionnel de matériaux de construction. De plus, la position géographique en bordure du Rhône permet, très tôt, l’exportation des matériaux.

Dès la période romaine la pierre est exploitée et peut être exportée grâce à la corporation des nautes du Rhône qui en assurent le transport par voie d’eau.

Du Moyen-âge à la Révolution les pierres du plateau caractérisent l’architecture traditionnelle dans toute sa diversité. Fermes maisons fortes et églises illustrent alors les paysages du bassin carrier.

Mais c’est au XIXe siècle que l’exploitation voit son apogée. Plus de 120 carrières sont actives qui emploient plus de 2 000 carriers et créent toute une activité parallèle.

Aujourd’hui une dizaine de carrières restent exploitées avec des moyens modernes et puissants d’extraction. Il faut aussi ajouter une importante activité liée à la fabrication du ciment qui trouve sur place, en quantité, ses deux constituants de base le calcaire et la marne. Une des cimenteries les plus modernes de France est installée à Montalieu-Vercieu.

La pierre de Crémieu ainsi que celle de la rive droite du Rhône, dite pierre de Villebois, se retrouve ainsi un peu partout dans le monde. Les principaux monuments de Lyon en sont issus (Hôtel de Ville, Palais de justice, Bourse, Préfecture, ainsi que la plupart des ponts et des quais). On la trouve aussi au Panthéon et au palais de Chaillot à Paris à l’Empire State Building à New-York au Capitole à Washington, à l’Escurial à Madrid et jusqu’à San-Francisco et Hawaï.

Peu de carrières encore en exploitation sont visibles sur le parcours sauf celle d’Ecottier (fermée au public).

Par contre, tout au long du chemin nous traversons de superbes villages aux maisons de pierre avec toit en « lauze », des enclos en pierres levées appelés « palis » et la pierre de Villebois est omniprésente.

Des palis et un bloc de calcaire taillé

Les maisons fortes.

Citadelle naturelle, l’Isle Crémieu eut toujours un vocation guerrière. Au Moyen-âge l’ancien comté Viennois est partagé entre Savoie et Dauphiné et l’Isle Crémieu rattachée au Dauphiné se retrouve à la frontière entre les deux provinces sur la route reliant Lyon à l’Italie et à la Suisse. Les dynasties delphinales doivent alors se défendre contre les incursions de la maison de Savoie. C’est ainsi que, dès le XIIe siècle, ont voit se fortifier des maisons dont certaines deviennent de véritables petits châteaux forts.

On compte une cinquantaine de maisons fortes de tailles diverses dont une trentaine sont attestées. Les plus célèbres sont Brotel (XIIIsiècle, ancienne résidence d’Edouard Herriot) et le château du Cingle à Verna (XVe).

Quelques unes de ces mini forteresses étaient visibles sur le parcours. Dans l’ordre chronologique d’apparition à nos yeux : Château de Verna, château du Cingle, château de Brotel, maison forte d’Écottier, château de Serrières.

Le château de Brotel

Le château du Cingle

À partir du village de Sablonnières, après une erreur de parcours, nous rejoignons la nouvelle voie verte dite des balcons du Dauphiné. C’est l’ancienne voie de chemin de fer des VFD (Voies Ferrées du Dauphiné) qui reliait jadis la Part-Dieu à Morestel via Crémieu. Nous arrivons à Crémieu juste avant la pluie après un petit arrêt rafraichissant au buffet de la gare de Saint-Hilaire.

Une belle balade sympathique, entre hommes, à renouveler sur d’autres routes de l’Isle Crémieu qui offre beaucoup de possibilités de beaux parcours.

Pour en savoir plus sur le parcours : openrunner 13372642

Ou https://cyclemeter.com/5d175f4db5f39cd3/Cycle-20210711-1358-00759

Et comme on aime tellement les chiffres : 67 km et environ 750 m de dénivelée positive.